Expo Borderline - Philippe Pasqua - Centre Océanographique de Monaco - by VirtuaPartner.com

L’artiste

Philippe Pasqua

 

Attiré par la peinture à l’âge de dix-huit ans, Philippe Pasqua (né à Grasse, en 1965) a commencé à « barbouiller » sur du papier kraft et des draps de lit. Depuis, il n’a jamais cessé d’expérimenter son art, d’apprivoiser la matière, de perfectionner sa technique, jusqu’à devenir l‘un des artistes majeurs de sa génération.

 

Aujourd’hui, la sculpture a pris une place majeure dans ses réalisations. Ses pièces, travaillées dans des matériaux symboles de solidité, de pureté ou d’éternité, se caractérisent par leur force visuelle et leur monumentalité.

 

Les oeuvres de Philippe Pasqua figurent dans de prestigieuses collections. Elles ont notamment été exposées à la (heim and Read Gallery (New York, 2006), la Fondation Ahlers (Hanovre, 2009), ArtCurial (Paris, 2009), au Moscow

Museum Of Modern Art (Moscou, 2010) et au Musée Maillol (Paris, 2010).

 

Philippe Pasqua est représenté par la Galerie The-storage.fr

Une exposition Borderline

L’art de Philippe Pasqua expérimente la limite. Il flirte avec les bords, tutoie les bornes et s’en affranchit. Violente et impudique, son œuvre bouscule autant qu’elle fascine,plaçant le visiteur face à un dilemme : dévorer du regard ou détourner les yeux, réflexe de défense plus qu’indifférence. Philippe Pasqua questionne, interpelle, dérange, mais jamais n’indiffère. Le détonateur idéal pour provoquer une prise de conscience en faveur de la vie marine et terrestre.

Charmé par l’architecture du Musée océanographique et sensible à son engagement, L’artiste propose une exposition à son image, sincère et plurielle. Douze œuvres monumentales, dont sept réalisations inédites, investissent les lieux dans leur totalité – du parvis à la terrasse panoramique, en passant par la falaise du Rocher, en contrebas de l’édifice centenaire.

Chez Philippe Pasqua, le goût du monumental s’oppose à son attirance pour ce qu’il y a de plus vulnérable et profond. Les failles et félures s’exposent en taille XXL Instinctif, l’artiste ne théorise pas ses œuvres et laisse aux visiteurs toute latitude pour les interpréter, estimant que l’art va au-delà des discours et du visuel. « Le beau, c’est la puissance évocatrice », confie-t—il. L’œuvre est belle par l’émotion qu’elle produit, le coup qu’elle porte au cœur.

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Vanessa et Philippine

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Ses héros sont souvent des écorchés vifs, des âmes nues, avec pour point commun une émotion à fleur de peau. La peau, toujours. Obsession de l’artiste pour cet organe membraneux qui recouvre le corps humain et celui des animaux. Sur ses toiles, elle se fait rugueuse, granuleuse. Par excès de présence, elle devient transparente. On y lit mieux la douleur, les doutes, l’angoisse. Une fenêtre sur l’essence de l’individu. Ce qui l’habite et l’anime (Vanessa et Philippine – niveau 1 visite virtuelle)

Soleils noirs

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En mer, comme sur terre, l’artiste s’intéresse aux marginaux, aux fragiles, aux effrayés parfois effrayants, à ceux restés sur le bas-côté.

Ses oursins, diamants noirs à l’allure combative, sont en position précaire, accrochés hors de l’eau à même la falaise (Soleils Noirs – falaise du Rocher). Amoureux des contraires et contradictions, il les baptise d’un oxymore.

Face Off

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Le visage est au centre de la création pour Philippe Pasqua, partie la plus complète et la plus expressive du corps. Pour percer son mystère, il soulève parfois la peau, gratte la chair (Face Off – parvis). L’œuvre devient alors une lutte et bouleverse par la dramaturgie des fractures et des conflits intérieurs qu’elle exprime.

Le chant des Méduses

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Chez Philippe Pasqua, le titre des œuvres est important. Il transforme ainsi les méduses en sirènes du XXIe siècle (Le Chant Des Méduses – niveau l). Beautés envoutantes et ondoyantes, ce sont elles qui peuplent aujourd’hui les océans, assimilées ici à une benne à ordures. Leurs piqûres, parfois fatales, sont aussi dangereuses que le chant cristallin qui menaçait Ulysse dans L’Odyssée de Homère.

L’effet Miroir

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Mais la fuite ne dure qu’un temps. Vient un moment où le coupable est rattrapé, dévoré par ses démons (L’Effet Miroir – niveau 0). Difficile de s’extraire de l’imposante mâchoire de mégalodon, ancêtre du requin. Le visiteur est magnétisé.

ll se reflète dans l’œuvre, qui évolue en fonction de son environnement. Invitation à la réflexion et à l’introspection.

Wheel of Time

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Dans le salon d’Honneur, une autre menace plane. Sur un manège sombre et désenchanté, se dressent de féroces tyrannosaures, réduits à l’apparence de squelettes (Wheel Of Time – niveau 0). Avec cette roue du temps, constituée d’éléments aussi évocateurs qu’une poupée ou une chaise électrique, l’artiste symbolise le cycle de la vie, éternel recommencement. Il rappelle que la mort rôde depuis l’origine et que cette issue est inéluctable. S’imposent à nous l’innocente beauté de la naissance et la laideur cruelle du trépas. Un sentiment d’équité se dégage de l’œuvre. Nos destins uniques ont une constante de taille : impossible de changer les règles ou de prévoir la durée de son tour de manège. Va où tu veux. Meurs où tu dois.

Who should be scared ?

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En fin de visite. Philippe Pasqua renvoie chacun à ses responsabilités et pose une question : qui devrait avoir peur ?

Ce procès intérieur se joue à ciel ouvert (Who Should Be Scared? – terrasse panoramique). Un requin de neuf mètres de long est suspendu par la queue à un portique, dénonciation du braconnage et des pêches abusives.

Sa mâchoire est grande ouverte, laissant apparaître plusieurs rangées de dents. Terrifiant. Mais pour qui ? Pestiféré des océans, le seigneur des mers rend son dernier souffle. Sa peau argentée n’a pas fait office d’armure. L’effet miroir grossi nos craintes et déformé notre raison.

Méfiance, à trop tirer la corde. L’Homme pourrait s’y pendre.

A comportement borderline. Conséquences irréversibles.

Vanité

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Quand il n’y a plus ni peau ni chair, reste le crâne qui nous ramène à notre statut de futurs morts et met en garde, selon la tradition, contre un trop grand attachement aux biens terrestres. « Vanité des vanités, tout est vanité », disait l’Ecclésiaste. Surmonté de papillons incarnant l’envol de l’âme, le crâne de Philippe Pasqua allie dureté et douceur

Golgotha

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Les symboliques de mort, de métamorphose et de renaissance reviennent également à travers l’olivier (Golgotha — niveau l visite virtuelle). Son tronc est noueux, tortueux, ses branches féeriques. Tout en force et légèreté, il apparaît lui aussi comme vecteur des âmes, portant avec puissance un message de paix et de vie éternelle.

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Santa Muerte

Déjà mortes, la baleine et la tortue de Philippe Pasqua sont dénuées de peau (Narcisse et Santa Muerte — niveau l). Leur squelette fait écho à celui des dinosaures. Espèces menacées contre espèces disparues. L’Humanité nourrit-elle le projet d’en faire une seule et même catégorie ?

Avec délice, l’artiste brouille les frontières. La baleine Narcisse se reflète dans une ligne d’eau imaginaire et la tortue Santa Muerte, à bien y observer, semble ressurgie du passé. Ses nageoires sont longues, sa forme oubliée. Des filets de pêche traînent dans son sillage, lui donnant un air de mariée funèbre, de sainte massacrée. Un bijou. Est-elle fossile, squelette, sculpture ? Il n’y a plus de limite entre vrai et faux, disparu et survivant. Une divinité morte dans l’indifférence. L’Homme regarde ailleurs.

Conversation

Philippe Pasqua – Artiste / Robert Calcagno – Directeur du Musée Océanographique

 

 

RC: Philippe, tu connais bien le Musée océanographique de Monaco maintenant, ce bâtiment historique et prestigieux, dédié a la protection des océans. Nous y faisons dialoguer l’Art et la Science dans le but d’améliorer la société, de la rendre plus proche de la nature. Tu as eu envie d’exposer ici pour sensibiliser à la fragilité des océans et à la nécessité de les protéger. C’est la première fois que tu prêtes ton art à un message de sensibilisation.

PP: Exactement. Et d’ailleurs, le message m’a tellement parlé et touché que je n‘ai pas eu de mal à créer cette exposition. Les idées se sont enchainées. C’est venu d’un coup et c’était assez fluide. Que ce soit le requin, la tortue ou autre, ça n’a pas du tout été laborieux pour moi d’imaginer les œuvres. Mais, au-delà du sujet, le Musée m’avait déjà beaucoup inspiré.

 

RC: Pour un artiste, il est presque plus inspirant de recevoir les contraintes d’un lieu et de devoir s’y adapter. Quelquefois, un musée va ouvrir un immense hall, vide et blanc, et dire à l’artiste : « faites-en ce que vous voulez ». Là, l’imagination est mise à rude épreuve, c’est presque un piège. Alors que, le fait de se retrouver sous la force de ce Musée océanographique, ça génère des questions, des réponses, des volontés de faire…

PP: Oui, c’est comme un exercice, et je trouve ça très intéressant. Ca m’a beaucoup plu. J’aime bien avoir des contraintes, parce que tu es obligé de réfléchir différemment. Tu crées des choses auxquelles tu n’aurais même pas pensé sans cela.

 

RC: Pourquoi t’engager maintenant pour la protection de l’environnement?

PP: En ayant trois enfants, on est obligés de penser à eux et d’agir. Ce n’est pas possible de détruire un monde aussi beau. C ‘est désastreux. Aujourd’hui, pour notre survie, on est obligés de se mobiliser.

 

RC : Tu parles de survie, mais tu flirtes souvent avec le thème de la mort dans tes œuvres.

PP: C’est quelque chose qui m’a toujours effrayé justement. Le fait de ne pas savoir ce qui va se passer après, je trouve cela effrayant. D’une certaine façon, je cherche à conjurer le sort. Peut-être que je me trompe et qu’après c’est fabuleux, mais j’aime tellement ce que je vis que je n’ai pas envie de partir. Je l’adore cette vie, à un point inimaginable. Je suis bien dans ce monde…

 

RC:  …même s’il est “Sur le fil du rasoir”. Je t’ai montré un rapport titré ainsi du WWF, il y a quelques semaines. Il indiquait que l’Homme abusait des bienfaits de notre planète, de ses ressources, du pétrole, des minerais, qu’il polluait l’atmosphère et les océans, et que nous étions aujourd’hui près de la frontière, à la limite. J’ai l’impression que tu partages ce point de vue et le titre de ton exposition, Borderline, s’en rapproche.

PP: On est près de la rupture. En un sens, on est tous borderline et c’est triste parce qu’on vit dans un endroit magique. J’aime les odeurs, les océans, le ciel, la terre, tout ce qui constitue notre planète, mais à ce rythme-là, on va la faire mourir et on va s’éteindre avec. Il faut essayer de repartir dans le bon sens.

 

RC: Pour réveiller les consciences, tu présentes notamment cette tortue absolument magnifique, mais déjà morte.

PP: Oui, et même dans cette condition, elle reste belle, même son squelette est beau. Pour moi, c’est devenu un bijou. Je l’ai traitée comme une déesse, comme quelque chose de très pur, exactement ce qu’elle était dans la mer. Elle nage, elle fait sa vie sans embêter personne, tranquille. Elle paraît légère et paisible. Elle ne dégage que du positif et j’ai voulu recréer ça avec ce matériau et cette brillance. C’est une divinité, elle a l’aspect de l’or massif. A l’opposé, il y ce filet, presque banal, et cette violence. Ces pauvres bêtes meurent à cause de l’Homme, des filets dérivants, des plastiques.

 

RC : Aujourd’hui. tu te prêtes a l’exercice, mais d’une façon générale, tu n’es pas un artiste qui s’explique longuement. Tu laisses le spectateur ressentir ses propres émotions. Comment penses-tu que les visiteurs vont appréhender l’exposition, sachant qu’ils ne sont pas forcément spécialistes d’art contemporain ?

PP: C ‘est vrai qu’il y a des artistes qui ont besoin d’expliquer, moi je pense que les œuvres parlent d’elles-mêmes. Je préfère avoir un visuel très fort et que chacun puisse imaginer, faire son chemin comme il l’entend, plutôt que d‘avoir des tonnes d’explications à donner. Je n’ai jamais aimé parler de mes œuvres. Après, s’il faut guider, on est là pour ça, mais j’aime que chacun se fasse son opinion. C’est pareil au Musée. Il y a des titres, ils sont assez forts et parlants, ça aide. Après, je n‘aime pas diriger les gens dans un truc très précis, je préfère les laisser rêver.

 

RC : Tu as fait fabriquer deux œuvres en Chine, après ta rencontre avec Victor Hwang et Leila Elling (ndlr. Groupe Parkview Arts Action), très investis au sein de l’Association des Amis du Musée océanographique. Cela t’a ouvert à l’art chinois, à cette autre culture.

PP: Exactement, et j’en suis incroyablement satisfait. Je ne pensais pas être aussi content. J’étais vraiment sceptique au départ. Puis, j’ai été surpris de voir la beauté de Who Should be Scared? Malgré sa violence, l’œuvre est belle, la réalisation est parfaite. Sur la terrasse, avec ce ciel bleu, c’est comme un diamant posé sur le toit du Musée. Aujourd’hui, ça pourrait même ouvrir à des collaborations futures en Chine. On est en pourparlers sur un projet lié à des universités. Puis, le musée maritime de Hong Kong a choisi de mettre en valeur une de mes œuvres (ndlr. Dans le cadre du vingtième anniversaire de la rétrocession de cette ancienne colonie britannique à la Chine). Borderline a un écho fort. Avant même que l’exposition ne démarre, j’avais déjà plusieurs propositions pour qu’elle continue à travers le monde.

 

RC: Sois sûr que nous soutiendrons ses pérégrinations avec attention et émotion.

Musée et infos

Construit à flanc du Rocher mythique de Monaco, le Musée océanographique veille sur les océans depuis plus d’un siécle et s’impose comme une référence au niveau international. Créé par le Prince Albert Ier, ll fut concu dès l’origine comme un palais entièrement dédié à l’Art et à la Science.

Depuis 2010, une impulsion nouvelle a été donnée, en demandant à des artistes renommés d‘enrichir le thème de la protection des océans par l’originalité de leur regard. Ce fut le cas avec Damien Hirst (2010), Huang Yong Ping (2010), Mark Dion (2011), Marc Quinn (2012), mais aussi avec un collectif d’artistes chinois, soutenu par Parkview Arts Action (2014), et plus récemment avec la grande exposition Taba Naba (2016), dédiée à l’art aborigène et océanien.

Ce dialogue entre Art et Science est toujours mené dans l‘objectif de sensibiliser le grand public à la beauté et à la fragilité du monde marin.

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